"- Connaissez-vous le seul moyen de faire rire le bon Dieu ?
Hésitation au bout du fil.
- Racontez-lui vos projets.
En d'autres termes, pas d'affolement, rien ne se passe comme prévu, c'est la seule chose que nous apprend le futur en devenant du passé."
Chagrin d'école
Daniel Pennac
Fin juin, j'étais en partance pour la Haute-Savoie, j'avais d'ailleurs fait immatriculer mon nouveau véhicule dans le 74 histoire de montrer que j'avais déjà un pied sur la montagne.
Le destin en a décidé autrement.
Je prends une bouchée d'Apfelstrudel et je vous raconte tout.
Fin juin donc, un matin relativement tôt après une soirée/nuit d'adieu - pour les Alpes - je reçois un appel. Ma vitalité matinale légendaire ne m'a pas permis d'atteindre le mobile à temps, encore moins de décrocher. (Ce n'était peut-être pas plus mal...) J'attends donc la fin du message vocal et me rendors, bien sûr. Après un court cycle de sommeil, je me décide enfin à mettre un pied hors du canapé pour écouter le fameux message.
C'est un monsieur, prénommé Laurent. Il est directeur de l'école de Villingen (késako ?) et me confirme ma mutation pour la rentrée prochaine. Je peux le rappeler le lendemain pour discuter des détails et lui poser mes éventuelles questions.
"Pour réécouter ce message, tapez 1. Pour l'enregistrer, tap..."
Je tape 1.
Deuxième écoute. J'ai bien compris, j'ai eu mon détachement pour l'Allemagne. Je n'apprends rien de plus que la première fois mais au moins maintenant, je suis réveillée et ça s'est imprimé dans mon cerveau.
"Pour réécouter ce message, tapez 1. Pour l'enregistrer, tapez 2. Pour le supprimer, tapez 3."
Je veux taper 2 et je veille à ce que mon doigt atterrisse bien sur la touche 2, et pas 3 !
Je tape 2. Ouf !
"Votre message sera sauvegardé pendant 14 jours."
Re-ouf !
Bref, je passe sur ma réaction... comment dire... retenue (!) et m'excuse aujourd'hui auprès de mes amies Anne, Aurélie, son bidon et Tiphaine qui dormaient encore à mes côtés ce matin-là.
Depuis ce jour-là, je suis sur mon nuage... mais aussi dans un mic-mac administratif assez invraisemblable. Moi qui aime la paperasse par dessus tout, je suis servie.
Entre mon dossier professionnel qui était déjà en stand-by entre Tours et Annecy, entre le Ministère de l'Education Nationale et le Ministère de la Défense, c'est un peu comme si personne ne savait réellement qui j'étais, comme si mes trois années d'enseignement s'étaient évaporées dans la nature.
Je continue. Mon assurance reste la même, mais déménage à Strasbourg, ma mutuelle reste la même mais arrive au Mans... Ma voiture devait passer en plaques bleues pour être toujours assurée et moi, je devais obtenir ma carte de résidente étrangère en Allemagne. Et je ne reviens pas sur l'épisode de l'emménagement par ces abrutis de déménageurs bretons qui n'envoient qu'un seul employé pour se taper les six heures de route et toutes mes affaires - et par affaires, j'entends une grande table en verre et un lave-linge - à monter au quatrième étage sans ascenseur.
Ce n'est pas terminé. Nous arrivons fin octobre, je n'ai eu qu'une avance sur mon salaire de septembre (et encore, je l'ai eue), mes histoires de déménagement ne sont pas réglées, je réclame des papiers qui n'arrivent pas (depuis un mois quand même) et mon ancien propriétaire ne me paie pas la caution (les deux mois sont pourtant passés).
Toutefois, mon chéri a dû trouver que je m'en sortais plutôt pas mal parce qu'en ayant un accrochage avec ma voiture, il m'en a rajouté une couche.
Résumé comme cela, ça a l'air plutôt simple. Sauf que dans la vraie vie, ça ne l'est pas, ça ne l'est jamais ! Il faut passer des coups de fils interminables d'un pays à l'autre, en français, en allemand, envoyer des lettres, des e-mails, des fax, alors que, bien entendu, on n'a jamais la bonne adresse, ni le bon numéro... Enfin bref, l'administration quoi ; je n'invente rien.
Sur ce, je vous laisse avec des couleurs de l'automne capturées depuis mon salon et je pars me remettre de mes émotions. C'est à ça que servent les vacances, non ?


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