Insomnie

5 heures 12

Ceux qui me connaissent le savent, ce n’est un secret pour personne : j’aime dormir.

J’aime dormir, j’adore mon lit, je chérie ma couette, etc... - la liste peut être longue - et tous me le rendent bien.

Par contre, j’ai déjà bannis depuis bien longtemps tout objet qui ressemble de près ou de loin à un réveil. D’ailleurs, ce n’est pas compliqué, je n’en ai pas. Malheureusement, comme il faut travailler pour vivre et se lever pour travailler, il a bien fallu trouver un moyen de me réveiller les matins.

Je voulais proposer à ma maman de l’embaucher mais je la connais, elle se serait ennuyée le reste de la journée. Quand à l’unique autre personne qui SAIT comment me réveiller (oui, il y a un savoir-faire pour ça), Christoph, il fait trop bien son travail et finit par se rendormir à mes côtés.

A ce niveau-là, nous sommes hors-catégorie. S’il y avait des jeux olympiques du sommeil par équipe, nous serions indubitablement couverts d’or, quelque soit la discipline. Il faut dire que l’on s’entraîne beaucoup et que nous prenons cela très au sérieux.

Mis à part les nuits interminables et les siestes à répétitions que nous faisons, il faut noter les endroits inattendus où nous avons déjà dormi : en voiture, en car, en train, en avion à nos débuts, lorsque nous n’étions encore que débutants (avec toutefois un risque, celui de rater certaines correspondances), puis en classe professionnelle : au boulot, dans une gare, devant la gare aussi, dans un aéroport, sur un banc public, sur la plage, sur une piste de ski, sous la pluie, dans la cuisine, à un repas de famille, à un concert… et j’en oublie sûrement.

Tout ça pour dire que, du coup, quand je ne dors pas, ce n’est pas normal et ça m’angoisse. POURQUOI JE NE DORS PAS ?! Et puis qu’est ce qui tape tout le temps comme ça dans cet appartement ? Je suis fatiguée, je devrais dormir… Allez, dors.

Je n’arrive pas à dormir parce que je n’ai pas fait mon lit hier. Maman dit toujours qu’on dort mieux dans un lit bien fait. C’est sûr que la couette en boule dans un coin de la housse n’aide pas vraiment…

DORS !

C’est quoi la bête que je sens sur mon bras ? Un moustique ? Une araignée ? Ah non, ce sont mes cheveux…

DOOOOORS !!!!!

Ça doit être à cause du chauffage, le tapage. Tiens, ça rime en plus. Mais p***** je vais dormir à la fin ?! Moi qui voulais me lever tôt demain… Quelle heure est-il d’ailleurs ?

Au cours d’une nuit normale, si vous regardez l’heure et qu’elle affiche 2 : 04 vous êtes super content, du genre « Cool, j’ai encore beaucoup de temps à dormir avant que le réveil ne sonne » Happy face :)

Sauf que les nuits d’insomnie, c’est plutôt : « Quand est-ce qu’il sonne ce satané réveil ? (Mais ce n’est pas le mot satané que vous employez) 2 heures 04 ?! Il se moque de moi ou quoi ? (Mais ce n’est pas non plus cette formule que vous utilisez) »

Alors vous attendez…


Attendez…


Et attendez encore…


Parfois, vous vous tournez en pensant que dans cette nouvelle position, ça va tout changer et que vous allez vous endormir bien vite. MAIS NON !

Vous prendriez bien un livre, mais vous avez peur que la lumière ne vous réveille plus -> C'est effectivement n’importe quoi ! Pour la même raison, vous n’allumez pas lorsque vous allez aux toilettes ou boire un verre d’eau à la cuisine. C’est vrai que se fracasser le petit orteil contre le pied du lit parce que vous le croyiez plus loin, ça ne réveille pas non plus.

6 heures 05

Ça prend du temps de taper un article sans voir le clavier… Oui, mais la lumière, j’ai déjà dit que ça faisait mal aux yeux.

Maintenant que je pense avoir fait le tour de la question, je vais faire une nouvelle tentative (OUI, ça vaut le coup, même pour trois quarts d’heure de sommeil ; même pour dix minutes, cela en vaudrait toujours la peine, à vrai dire !) Vivement ce soir que je me couche…


PS : Je sais ce que vous êtes en train de vous dire : « Moi, quand j’ai une insomnie, je pense au boulot. » Réponse : Moi aussi, mais là, ce sont les vacances ; alors je fais reset. »

Détachement

"- Connaissez-vous le seul moyen de faire rire le bon Dieu ?
Hésitation au bout du fil.
- Racontez-lui vos projets.
En d'autres termes, pas d'affolement, rien ne se passe comme prévu, c'est la seule chose que nous apprend le futur en devenant du passé."

Chagrin d'école
Daniel Pennac

Fin juin, j'étais en partance pour la Haute-Savoie, j'avais d'ailleurs fait immatriculer mon nouveau véhicule dans le 74 histoire de montrer que j'avais déjà un pied sur la montagne.

Le destin en a décidé autrement.

Je prends une bouchée d'Apfelstrudel et je vous raconte tout.

Fin juin donc, un matin relativement tôt après une soirée/nuit d'adieu - pour les Alpes - je reçois un appel. Ma vitalité matinale légendaire ne m'a pas permis d'atteindre le mobile à temps, encore moins de décrocher. (Ce n'était peut-être pas plus mal...) J'attends donc la fin du message vocal et me rendors, bien sûr. Après un court cycle de sommeil, je me décide enfin à mettre un pied hors du canapé pour écouter le fameux message.

C'est un monsieur, prénommé Laurent. Il est directeur de l'école de Villingen (késako ?) et me confirme ma mutation pour la rentrée prochaine. Je peux le rappeler le lendemain pour discuter des détails et lui poser mes éventuelles questions.

"Pour réécouter ce message, tapez 1. Pour l'enregistrer, tap..."

Je tape 1.

Deuxième écoute. J'ai bien compris, j'ai eu mon détachement pour l'Allemagne. Je n'apprends rien de plus que la première fois mais au moins maintenant, je suis réveillée et ça s'est imprimé dans mon cerveau.

"Pour réécouter ce message, tapez 1. Pour l'enregistrer, tapez 2. Pour le supprimer, tapez 3."

Je veux taper 2 et je veille à ce que mon doigt atterrisse bien sur la touche 2, et pas 3 !

Je tape 2. Ouf !

"Votre message sera sauvegardé pendant 14 jours."

Re-ouf !

Bref, je passe sur ma réaction... comment dire... retenue (!) et m'excuse aujourd'hui auprès de mes amies Anne, Aurélie, son bidon et Tiphaine qui dormaient encore à mes côtés ce matin-là.

Depuis ce jour-là, je suis sur mon nuage... mais aussi dans un mic-mac administratif assez invraisemblable. Moi qui aime la paperasse par dessus tout, je suis servie.

Entre mon dossier professionnel qui était déjà en stand-by entre Tours et Annecy, entre le Ministère de l'Education Nationale et le Ministère de la Défense, c'est un peu comme si personne ne savait réellement qui j'étais, comme si mes trois années d'enseignement s'étaient évaporées dans la nature.

Je continue. Mon assurance reste la même, mais déménage à Strasbourg, ma mutuelle reste la même mais arrive au Mans... Ma voiture devait passer en plaques bleues pour être toujours assurée et moi, je devais obtenir ma carte de résidente étrangère en Allemagne. Et je ne reviens pas sur l'épisode de l'emménagement par ces abrutis de déménageurs bretons qui n'envoient qu'un seul employé pour se taper les six heures de route et toutes mes affaires - et par affaires, j'entends une grande table en verre et un lave-linge - à monter au quatrième étage sans ascenseur.


Ce n'est pas terminé. Nous arrivons fin octobre, je n'ai eu qu'une avance sur mon salaire de septembre (et encore, je l'ai eue), mes histoires de déménagement ne sont pas réglées, je réclame des papiers qui n'arrivent pas (depuis un mois quand même) et mon ancien propriétaire ne me paie pas la caution (les deux mois sont pourtant passés).

Toutefois, mon chéri a dû trouver que je m'en sortais plutôt pas mal parce qu'en ayant un accrochage avec ma voiture, il m'en a rajouté une couche.

Résumé comme cela, ça a l'air plutôt simple. Sauf que dans la vraie vie, ça ne l'est pas, ça ne l'est jamais ! Il faut passer des coups de fils interminables d'un pays à l'autre, en français, en allemand, envoyer des lettres, des e-mails, des fax, alors que, bien entendu, on n'a jamais la bonne adresse, ni le bon numéro... Enfin bref, l'administration quoi ; je n'invente rien.

Sur ce, je vous laisse avec des couleurs de l'automne capturées depuis mon salon et je pars me remettre de mes émotions. C'est à ça que servent les vacances, non ?


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