Nightmare before Christmas


Chaque année, je ne commence à faire mes achats de Noël que lorsque je suis en vacances. Il faut dire que pour les enseignants, l'Avent rime souvent avec évaluations, corrections, livrets scolaires et rendez-vous de parents. Pas le temps donc de faire le lutin.

Pour le cru 2010, j'ai fait plus fort : j'ai attendu mes congés pour commencer seulement à y réfléchir ! J'ai réalisé le 18 décembre, que je n'avais ni cadeaux, ni même un soupçon d'idée à glisser sous le sapin une semaine plus tard.

Pas de panique, ai-je pensé, je pars à Paris pour quelques jours, j'aurai donc le loisir d'y trouver tout ce qu'il me/leur faut...


Mouais. C'était sans compter sur tous ces abrutis qui pensent et agissent comme moi. Du monde partout, à vous décourager le plus motivé des pères Noël. Et comme moi, je ne l'étais pas plus que ça, j'ai cédé volontiers ma place dans les files d'attente des Fnac et autres bazars parisiens. Même pour jeter un oeil aux vitrines animées des grands magasins, des coups de pieds n'auraient pas suffit à écarter la foule agglutinée.


J'ai donc décidé de fuir tous ces touristes, de reporter mes emplettes au 24 dans notre bonne vieille ville de Bourges, certes plus modeste mais aussi moins stressante, et de profiter d'autres avantages qu'offre la capitale en allant voir une expo.

Mondrian/De Stijl par exemple, au Centre Georges Pompidou, ça vous remet à votre place. Par contre, si vous commencez à déambuler en suivant des trajectoires perpendiculaires et que vous vous réjouissez de porter un pull jaune, une écharpe bleue, un sac rouge et des bottes noires, un conseil, quittez la galerie.


Vous pouvez ensuite rendre visite à Arman, pour une toute autre atmosphère (litote !). Lui aussi vous calme bien comme il faut. En revanche, si vous commencez à vouloir réduire votre téléphone portable en un maximum de pièces puis les enduire de résine, sortez immédiatement, ça pourrait mal tourner.


Bref, ces deux jours ont été riches en (re)découvertes - merci l'émeu et Marie Curie - et en bons moments avec Tiphaine et Marie-Anne. Merci les filles et joyeux Noël à vous...

Es schneit

Récemment, j’ai été réveillée à 6h38 par un bruit jusqu’alors inconnu venant de l’extérieur. Le choix entre mon envie de savoir et mon envie de dormir a été difficile mais ce matin-là, ma curiosité l’a emporté.

J’ai alors regardé par une première fenêtre donnant sur la route et la caserne militaire… « Tiens, c’est tout blanc dehors. » Mais pas d’indice concernant le bruit persistant. J’ai jeté un œil par la fenêtre de la cuisine donnant sur le parking et mon cerveau s’est enfin mis en mode « on »

En bas de chez moi, une dizaine d’hommes était simplement en train de déneiger et le bruit entendu était celui des pelles qui frottaient le sol pour retirer la couche blanche et permettre aux voitures de circuler.

Depuis, je me suis renseignée et j’ai appris que par temps de neige, chacun doit se lever très tôt et descendre déneiger le parking avant que ces messieurs les militaires ne partent au travail.

Rappel des faits : mon logement de fonction (parce que j’ai un logement de fonction :P) se trouve dans une cité française avec élèves et parents d’élèves comme voisins, avec toboggans et balançoires pour mes temps libres et avec parking à déneiger 6 mois par an donc.

Sauf que moi, me lever avant 7 heures pour aller dégager de grosses pelletées de neige, ça me le dit moyen ; franchement moyen même. La pelle toute seule est déjà insoulevable, alors avec vingt centimètres de poudreuse, j’imagine bien. Et puis franchement, mes chers voisins ont-ils vraiment envie que je sois d’humeur exécrable pour retrouver leurs petits rejetons juste après ? Non, vraiment, ça vaut mieux pour tout le monde (et surtout pour moi) que je ne m’en mêle pas.

Mais comme je ne suis pas totalement insupportable, j’ai décidé de faire cette corvée le soir, en rentrant de l’école. De toute façon, il neige tout le temps, alors qu’on déneige le matin ou le soir, ça revient au même. (Sauf que le soir, c’est mieux.)

Généralement, je commence par ma voiture. Ça me prend bien dix minutes pour tout enlever à coups de balayette et de grattoir. Quand c’est terminé, je me rends compte que la carrosserie est sale à faire peur et que la neige, c’est moi qui l’ai sur mes vêtements.

Ensuite, j’emprunte une pelle dans le stock de la cave et me mets au travail pour l’allée et le virage du parking. Déneiger, c’est nouveau, donc ça me plaît. Mais sur ce coup, j’ai été un peu optimiste et je m’aperçois que j’ai visé beaucoup trop grand. Et s’arrêter en plein milieu, ça se verrait. Qu’à cela ne tienne, je n’ai pas pu me rendre à ma séance de roller hebdomadaire à cause de la neige, mais il n’est pas dit que je ne ferai pas de sport… grâce à la neige !

Je suis seule sur cet immense parking comme seule face à l’adversité. Je me fais penser à ce petit bonhomme dans une publicité de notre enfance qui construit un château de sable que la mer finit toujours par emporter et qui s’écrit « Demain, j’recommencerai » Sauf que dans ma situation, ce serait davantage « Dans une demi-heure, je pourrai recommencer ! »

« Ne pas se retourner, surtout ne pas se retourner… » Et bien voilà, ce que j’ai enlevé est déjà recouvert d’une pellicule blanche. La neige n’en finit pas de tomber et de me narguer.

Ah ? Quelqu’un sort. C’est une maman avec ses deux petites filles, donc une grosse pelle et deux pelles miniatures. C’est toujours mieux que rien.

Je reste concentrée sur ma partie et me ragaillardie. Je fais traîner ma pelle, je prends un peu de vitesse et BAM ! La pelle est bloquée par la glace cachée dessous, vicieuse, et je me reçois le manche en bois dans l’abdomen.

« Ne rien laisser paraître, surtout, ne pas pleurer et continuer… »

Puis, en entendant les paroles de la maman, la douleur laisse place à la peur : « Non Emma, pas avec la pelle sur la voiture. »

« ?! »

C’est bon, le petit chamallow avec sa pelle tueuse est loin de ma voiture. Il continue à aider sa mère, à sa manière. Le deuxième chamallow aide aussi… en chouinant.

Puis Emma a eu une très mauvaise idée : elle a voulu m’aider, moi. S’il vous arrive de côtoyer de près ou de loin des enfants, vous comprendrez le profond désarroi que j’ai ressenti à ce moment-là. Emma faisait traîner sa pelle mais en mettait davantage à côté que dedans, la petite sœur Noélie marchait sur nos plates-bandes en agitant sa pelle dans les airs (ce qui, comme chacun sait, est toujours très efficace) et la neige continuait de tomber et de recouvrir le travail déjà fait.

Les enfants, contrairement à nous autres vieux, sont infatigables. Non seulement ils s’agitent dans tous les sens, mais en plus, ils sont capables de vous taper la discut’ – les plus forts arrivent même à chanter ! Ce fut le cas avec mes demoiselles de compagnie, jusqu’à ce que Noélie, 2 ans, m’appelle « Papa ! »

« Heuuu non chouquette, je ne suis pas ton papa. Et à mon avis, si maman est seule en train de déneiger ce soir, c’est que ton papa, il travaille dans un pays chaud en ce moment. Certainement en guerre, mais chaud quand même. (Et si tu continues à sous-entendre que je ne ressemble à rien avec la glace dans mes cheveux et le survêt’ rentré dans mes après-skis, je vais finir par t’avouer que le Père Noël n’existe pas !) »

Après ça, j’ai eu la paix ! Et puis la maman a appelé ses filles parce que c’était soi-disant l’heure du bain. Comme quoi, les enfants peuvent servir de bonnes excuses pour arrêter de déneiger et rentrer à la maison.

Moi, je n’ai pas d’enfant, donc pas d’excuses (parce que les corrections et les preps, ça ne compte pas) donc je termine ce que j’ai commencé.

C’est la remarque d’un voisin qui a fini de m’achever en me disant que « ce n’est pas utile, vu ce qu'il tombe…
- …
- Je me lève tôt demain matin, je le ferai à ce moment-là.
- … »

J’ai reniflé, rangé la pelle, pensé que demain je lui ferai un petit signe de ma fenêtre avec mon thé et mon bretzel, monté mes quatre étages je ne sais pas très bien comment, enlevé mes vêtements et la glace de mes cheveux et bu un grand coca bien frais. Parce que déNEIGEr, contrairement à ce qu’on pourrait croire, ça donne chaud !

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