Lors de ma toute première semaine en Suède, j'ai entendu ce bruit, résonner dans notre quartier :
Une première fois : je me suis étonnée mais je n'ai pas relevé plus que ça étant donné tout ce que j'avais vécu ici jusqu'à ce jour.
Une deuxième fois : j'ai alors pensé à un automobiliste suédois qui testait son nouveau klaxon comme un nouveau jouet.
Et encore une troisième fois : "D'accord, il est sympa et original ton klaxon, mais tu n'as pas besoin d'ameuter tout le quartier non plus !"
Puis plus rien.
Environ une semaine plus tard, la petite mélodie s'est fait de nouveau entendre.
Une première fois : cette fois je me suis levée et j'ai jeté un coup d'oeil dubitatif par la fenêtre. Mais je n'ai vu aucun indice susceptible de répondre à mon interrogation.
Une deuxième fois : j'ai alors aperçu un camion au loin mais je n'étais pas certaine que ça vienne de lui.
Une troisième fois : je me suis décidée à déranger ma colloc' pour m'assurer qu'elle aussi entendait bien quelque chose. Non seulement je n'étais pas folle, mais je n'étais pas non plus la seule à trouver ça bizarre.
Toute la semaine qui a suivi, ce bruit m'a obsédée ! Si bien que j'en ai parlé autour de moi :
- j'ai essayé, tant bien que mal, de décrire à Pascal ce que j'avais entendu,
- j'ai chantonné la petite mélodie à Ozan, parce que lui expliquer en anglais, c'était mission impossible pour moi,
Puis ma colloc' a avancé l'hypothèse que ce son provienne d'un camion livreur de glaces. Ceci nous a paru tout à fait plausible puisque nous étions encore en été...
Petit à petit, cette idée a fait son chemin. J'ai alors mené mon enquête et je me suis rendue compte que le chant raisonnait tous les jeudis en fin d'après-midi.
Puis un jour, je l'ai aperçu depuis ma fenêtre. Il s'agissait bien d'un camion, arrêté sur notre parking, et qui de loin, ressemblait étrangement aux camions des surgelés Picard.
Plus tard, nous avons eu la confirmation qu'il s'agissait bien d'un marchand de glaces.
La question que je me pose maintenant que le mystère est éclairci, c'est pourquoi ?
Pourquoi, alors qu'on arrive à la fin du mois d'octobre, qu'il fait nuit noire en fin d'après-midi et que le thermomètre affiche entre 0 et 5°C, pourquoi le camion de glaces passe-t-il ?
Ma curiosité étant à son comble, j'ai voulu aller voir ça de plus près. Sauf que jeudi dernier, le temps que je réagisse que le glacier arrivait, que je retrouve mon appareil photo trop bien rangé, que je mette ma veste, mon écharpe et mon bonnet, le glacier était déjà reparti... J'ai noté l'heure qu'il était et me suis promise de ne pas le rater le jeudi suivant.
Hier, j'étais prête ! Assise à mon bureau, le téléphone, msn, skype et autres débranchés, l'appareil photo à portée de main et l'oreille attentive aux sons extérieurs.
Dès que la musique a retenti, j'ai bondi ! J'ai dévalé les 64 marches [toujours plus rapide que d'attendre l'ascenseur] et je suis sortie dans le froid...
A ce moment-là, j'ai réalisé que dans la précipitation, j'en avais oublié ma veste. Et comble de l'ironie, le livreur de glaces n'était pas encore sur notre parking mais dans le lotissement précédent.
Me voici en train d'attendre le camion de glaces, non pas pour en acheter comme les suédois à côté de moi, mais pour faire des photos. Et j'ai bien deviné leurs pensées à ce moment-là : "Mais qu'est ce qu'elle fait en pull avec un appareil photo à la main celle-là ? Elle doit pas être suédoise !" Mais ce qu'ils ne savaient pas, c'est que je me disais la même chose à leur sujet : "Mais pourquoi achètent-ils des glaces par ce temps ? Ce sont bien des suédois !"
Bref, je ne sais toujours pas pourquoi les suédois continuent à acheter par grand froid ce que nous mangeons par 30°C, mais ma curiosité d'étrangère a été plus que satisfaite.


















































